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Sébastien Lapaque Le Figaro : « Un texte vivant, éclairant les événements que nous sommes en train de vivre. »

Le philosophe Pierre Boutang lisibles Fables de La Fontaine comme un texte vivant, éclairant les événements que nous sommes en train de vivre. À le suivre, on découvre que l’auteur du Songe de Vaux est sans cesse prophétique. Il ne devine pas l’avenir, il dit le vrai. Ainsi dans la fable intitulée « L’Oiseau blessé d’une flèche », qui annonce l’aviation et les tapis de bombes de la modernité : où le symbole de l’oiseau devient le mode même de sa destruction et de celle des autres. Lire La Fontaine dans les pas de Pierre Boutang, c’est être initié au secret de la cité, du langage, de l’enfance, des dieux et du destin. Il le tient pour un anti-Descartes qui n’aurait pas perdu la force, la santé, la simplicité et la naïveté du primitif. Et n’oublie naturellement pas de nous présenter « la royauté du lion », si présente au fil des fables, comme l’allégorie d’un pouvoir royal au service des faibles et des petits.

Sébastien Lapaque, Le Figaro hors série « La Fontaine », juin 2018.

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Michaël Bar-Zvi : « Chevalerie. »

J’ai toujours été attiré, depuis mon plus jeune âge, par la chevalerie, son code, son ordre, ses valeurs et ses gestes. J’étais fasciné par les films de cape et d’épée, les batailles et les tournois qui se déroulaient devant moi alimentaient mon imagination, autant que les quêtes du Graal et de la femme aimée, à la beauté lointaine et intouchable. J’ai pensé, en quittant la France, que c’était peut-être la seule grande idée que je pouvais emporter avec moi, et qui ne trouvait pas d’écho dans le judaïsme et le sionisme. La noblesse, la seigneurie, l’honneur sont présents dans la tradition juive, mais pas cette notion d’une suzeraineté acquise par les armes, la foi et le courage. J’ai montré ces films à mes enfants dans leur jeunesse, pour les bercer à cette geste et à cet imaginaire de combat aux règles et aux vertus constructrices. La chevalerie m’apparaissait aussi comme le terreau de la générosité et de la loyauté, et surtout comme la preuve qu’un homme peut par la prouesse s’élever en être libre et droit. La chevalerie me semblait la réponse la plus adéquate à la fatalité de la servitude, et en fin de compte bien plus que le travail. Acquérir sa liberté et sa place n’est pas le fruit d’un labeur, même si cette action est louable en soi. L’idéal de la Table Ronde, et non rectangulaire où le maître assigne à chacun son rang à sa droite ou à sa gauche, loin ou proche, instaure un ordre de fraternité dont l’appartenance se fonde sur des valeurs communes. Il ne s’agit pas vraiment d’être membre d’un club du mérite, mais de vivre en soi et avec les autres selon un ordre intérieur moral qui ne dépend pas de nos besoins. Le chevalier « exerce » pourtant son désir, non seulement par la maîtrise ou le contrôle mais en le transformant en quête. Détournement de l’objet du désir affirment les docteurs de l’âme, sublimation d’une pulsion prétendent d’autres experts de nos tréfonds. À l’heure où la médecine m’impose des servitudes et des contraintes, l’esprit chevaleresque est un recours pour me détacher de son emprise. Lorsque votre existence, ou votre pronostic selon une formule d’un rare cynisme, se réduit à des mesures de cellules ou de lésions, la chevalerie nous rappelle comment nous libérer des carcères de nos peurs et de nos maux. Le philosophe allemand Frédéric von Schlegel définit la chevalerie comme « la poésie de la vie », au sens où elle rend sa part d’imaginaire et de rêve à des situations de guerre, de violence et d’inhumanité. Lancelot, le plus brave des braves, est victime d’une hésitation, une fois seulement, mais il a failli. La poésie de la vie réside dans cette fraction de seconde où l’héroïsme peut basculer à cause d’une hésitation, d’un trébuchement de l’âme, ou d’un tremblement de la voix. La médecine vous fournit des résultats que vous devez intégrer, évaluer ou interpréter, mais en face d’elle nous ne devons pas hésiter, trébucher ou trembler. La vie, la mort, l’amour, la guerre, la foi sont notre récit, notre substance poétique, ils nous appartiennent si notre esprit de conquête et de liberté ne nous fait pas défaut. La chevalerie ordonne en nous les vertus nécessaires pour tenir notre rang dans le chaos que certaines épreuves vous obligent à subir. La Table Ronde tourne-t-elle comme le monde ou comme notre tête ?

Michaël Bar-Zvi, « Chevalerie », in [Pensée anthume et autres textes écrits pendant sa maladie] (à paraître).

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Bernanos contre les robots

Bernanos aura saisi dans la jeunesse de quoi perpétuer librement la seule œuvre de rébellion qui tienne  : l’insurrection contre le mensonge. Par cette sorte de philosophie politique enfantine le vieux chevalier errant désigna d’un mot les tortionnaires et les bien-pensants de tous les totalitarismes à venir  : «  Je dis que les tueurs ne sont venus qu’après les lâches. » Oui on peut être lâche aussi devant la vérité. Dès 1937 il avait prédit que «  les massacres qui se préparent un peu partout en Europe risquent de n’avoir pas de fin  », ils ne garderont que «  l’apparence des antiques guerres de religions  » auxquelles on les compare  : «  on ne se battra pas pour une foi, écrivait-il, mais par rage de l’avoir perdue, d’avoir perdu toute noble raison de vivre… » Une décennie et quelques dizaines de millions de morts après, en 1947, dans l’illusion de la «  victoire des démocraties  », Bernanos ne déclenchait qu’un silence glacial en déclarant que rien n’avait changé  : «  Il s’agit toujours d’assurer la mobilisation totale pour la guerre totale, en attendant la mobilisation générale. Un monde gagné pour la Technique est perdu pour la Liberté.»
Tandis que triomphent les générations successives plus déleurrées et froides que M. Ouine, Georges Bernanos est encore plus mal compris. C’est pourquoi Sébastien Lapaque, essayiste turbulent et critique aguerri (au Figaro), a raison de joindre ici à son premier livre, consacré à celui qu’il avait choisi pour capitaine il y a vingt ans, des textes de maturité qui éclairent la longue confrontation avec un monde régi par le mensonge, l’argent et le nihilisme. Si le déracinement industriel a produit aussi bien les moutons à égorger que les «  loups solitaires  », du moins l’exil (ou le mal du retour) ne mène-t-il plus, avec Bernanos, aux embardées commodes de « la hideuse propagande antisémite » : l’attachement farouche à une civilisation chevaleresque nous en préserve en fin de compte, radicalement et définitivement. Le précieux héritage des peuples a été sauvé grâce à la parole biblique. Au contact des brutalités de la guerre, alors que se levait «  aux rives du Jourdain la semence des héros du ghetto de Varsovie  », Bernanos avertit  : «  Vous aurez à payer ce sang juif d’une manière qui étonnera l’Histoire.  »

Olivier Véron

Sébastien Lapaque, Georges Bernanos encore une fois et autres textes précédés de La France contre les robots ou le sermon aux imbéciles.

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Jean-Pierre Allali, Actualité Juive : « Il est mort, hélas, le poète. »

Il est mort, hélas, le poète. Dans un monde de science et de technique où la poésie était devenue un art impossible, une discipline littéraire délaissée, voire décriée, Alain Suied, contre vents et marées, a entretenu avec vigueur et conviction la flamme poétique, publiant, au fil des ans, recueil sur recueil. Son dernier ouvrage, Laisser partir, est paru en mai 2007 chez Arfuyen. Le judaïsme, bien sûr, constituait la fibre centrale de son inspiration. Le prix Verlaine de l’Académie française a récompensé son livre La lumière de l’origineet, pour l’ensemble de ses traductions, il a reçu le prix Nelly Sachs.

Né à Tunis le 17 juillet 1951, Alain Suied venait d’avoir 57 ans. Il laisse un grand vide dans la famille poétique française. Adieu, l’ami.

Jean-Pierre Allali, Actualité Juive du 31 juillet 2008.

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Patrick Kéchichian, Le Monde : « Le poète Alain Suied est mort. »

Le poète Alain Suied est mort à Paris jeudi 24 juillet des suites d’un cancer. Il était âgé de 57 ans. Né à Tunis le 17 juillet 1951 dans l’ancienne communauté juive de la ville, il était arrivé à Paris, avec ses parents, en 1959. C’est en 1968 que la revue L’Ephémère publie son premier poème. Grâce au parrainage et à l’amitié d’André du Bouchet, principal animateur de cette publication, il fait paraître un livre de poèmes, Le Silence, au Mercure de France en 1970, suivi trois ans plus tard de C’est la langue. Louis-René des Forêts sera aussi parmi ses premiers lecteurs.
Dans ces deux premiers recueils s’affirme la voix sans concession d’un jeune homme d’une étonnante maturité, toute d’intériorité et d’audace. Longs vers rythmés, reprise et élargissement des thèmes, usage singulier de l’image qui accompagne et amplifie la quête métaphysique… A l’écart des courants poétiques dominants – formaliste d’un côté, lyrique de l’autre -, ce lecteur de Rilke et de Hölderlin, mais aussi d’Eluard, de Char et d’André Frénaud – « poète ontologique » qu’il reconnaît comme l’un de ses pairs – donne mission à la poésie d’approcher le mystère de l’être. La découverte, dans les mêmes années, du poète de langue allemande Paul Celan (qui s’était suicidé à Paris en avril 1970) sera essentielle. Elle le confirmera dans une identité juive marquée par la Shoah et le destin d’Israël ; dès lors, il attachera toute sa poésie à l’idée de l’altérité et du témoignage : « Mon questionnement, c’est d’abord cela : aller vers l’autre. C’est la seule preuve que nous pouvons donner et recevoir qu’il y a « de l’autre » », affirmait-il dans un entretien à la revue Nu (e), n° 31, 2005).
En 1979, Alain Suied publie chez Gallimard un ensemble de traductions du poète anglais Dylan Thomas (reprises en 1991 dans la collection « Poésie »). L’exercice de la traduction – notamment William Blake, John Keats et Ezra Pound, mais aussi John Updike – s’intègre pleinement à sa propre quête poétique. En 1988, dans La Lumière de l’origine (éd. Granit) il rassemble des poèmes écrits sur une période de dix ans (1973-1983). Sa lecture personnelle de la psychanalyse (Freud, mais aussi Groddeck) et des philosophes de l’Ecole de Francfort marque son œuvre, en l’entraînant parfois vers des spéculations hasardeuses et péremptoires. A l’opposé, il sut également manifester un certain lyrisme presque printanier. De Le Corps parle (1989) à Laisser partir (2007), il publiera neuf recueils chez son éditeur le plus fidèle, Arfuyen. Au cours de ces dernières semaines, se sachant condamné, il disait son projet de poursuivre la traduction de Keats, auteur immortel de La Belle Dame Sans Merci…

Patrick Kéchichian, Le Monde, du 13 août 2008.

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Bat Ye’or

Mes travaux sur Eurabia, la divulgation des faits et des noms renforcèrent la vindicte à mon égard. Je ne tardai pas à en remarquer les effets. Des livres, des articles exploitaient mon travail et omettaient mon nom – un nom dangereux, proscrit par la police de la pensée. Les intellectuels agréés se tenaient à distance, je contaminais.
Certains regards m’observaient avec une sorte d’effroi. Je portais désormais la souillure de l’opprobre. Je n’étais pas la seule d’ailleurs, tous ceux qui professaient des opinions contraires à la doxa imposée étaient voués à la détestation. Je ne réagis pas à ces attaques. J’étais ailleurs… beaucoup plus loin, hors des événements. J’observais avec une certaine distance mon nouveau statut de paria, évocateur des signes discriminatoires avilissant ce personnage que je connaissais bien, le dhimmi : ces vêtements, ces couleurs, ces ceintures exposant la souillure. Je portais l’étoile jaune de mes livres.
Et soudain je me sentis fière. Fière d’appartenir à ce peuple d’esclaves qui le premier s’était dressé contre la tyrannie au nom de la liberté et de la dignité de l’homme. Mon œuvre avait été maudite parce qu’elle prenait sa place dans trois mille ans d’histoire du peuple à la nuque raide.
Il déployait derrière moi sa force et sa richesse, mais l’Europe s’effondrait, retournait à la barbarie, tolérant les tueries d’innocents dans ses rues, comme si la vie humaine à nouveau n’avait aucune valeur, comme si n’importe qui pouvait s’octroyer le droit de tuer. L’appel au meurtre remplaçait  « Tu ne tueras point  ».

C’est dans les années soixante-dix, pourtant, que j’avais découvert cet énigmatique personnage surgi des linceuls de l’histoire, le dhimmi. À mesure que s’éclairaient ses diverses facettes, comme par l’effet d’une lampe magique, s’étaient éveillées contre moi des attaques et des condamnations exprimées jusqu’en 2010, quand le gouvernement de l’État Islamique, fort opportunément venant à mon secours par le rétablissement de la charia, confirma tous mes écrits.

Bat Ye’or, Autobiographie politique.
Les provinciales, 2018.

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Bat Ye’or, « fille du Nil », « une Cassandre, un esprit courageux et clairvoyant », a consacré sa vie à étudier et à comprendre la condition des Juifs et des chrétiens sous l’Islam, après avoir été expulsée d’Égypte par Nasser en 1957. Ses livres ont été publiés en anglais, allemand, espagnol, français, hébreu, italien, néerlandais, russe… Elle fut auditionnée par le Congrès américain, et participa à de nombreux colloques internationaux en Europe et en Amérique, où elle a fait connaître les mots « dhimmi », «  dhimmitude  » et  « Eurabia ». En racontant l’histoire de sa vie, elle éclaire celle de notre civilisation aux prises avec le refus de savoir, les défis de l’obscurantisme et la lâcheté.

Du même auteur :

L’Europe et le spectre du califat.
Le Dhimmi. Profil de l’opprimé en Orient et en Afrique du nord depuis la conquête arabe
 Autobiographie politique. De la découverte du dhimmi à Eurabia.

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Le sang brûle sans feu

Aucune « suite » ne peut être étrangère à la succession des Jours qui accueille le parcours serré de notre odyssée personnelle quotidienne depuis les commencements : « depuis que l’Être, à partir de rien, s’est ingénié à déclarer six fois de suite que telles ou telles choses fussent ». Pierre Klossowski dans sa préface à l’édition de poche du livre extraordinnaire de G. K. Chesterton le résumait ainsi : « Dans Le nommé Jeudi, le rêveur de ce nom lance à Dimanche (figure du Dieu omnipotent) ce cri accusateur : Avez-vous jamais souffert ? Et tandis que la suprême figure emplit le ciel et que tout s’abîme dans les ténèbres, l’antique parole remonte du fond des âges par laquelle l’Être déclare ce qu’il lui en coûte d’avoir créé à partir de rien : “Pouvez-vous boire à la coupe où je bois ?” »

Dans l’absence de visage au cœur même de ces encres qui évoquent la présence sur la terre habitée, ce n’est pas Dieu, c’est l’homme qui fait défaut. Gérard Breuil livre seul lui aussi sa bataille pour la forme… Dans ces encres « l’homme » est à la fois absolument absent et radicalement central, de même qu’en notre monde il se trouve à la fois très central et tout à fait absent. Ce qui permet de le comprendre c’est la durée qui suit et qui précède un rendez-vous. La science moderne a vérifié que pour devenir la demeure ou le berceau de la parole, l’univers entier avait constitué le lieu et l’heure d’une sorte de rendez-vous. Les durées propres aux phénomènes cosmiques ne permirent l’apparition de la vie sur terre qu’à un instant précis (notre soleil avait fait environ trois fois le tour de sa galaxie), et c’est pourquoi dans l’univers entier la vie paraît constituer un phénomène si rare. Il a fallu que le temps nécessaire à un certain refroidissement coïncide avec la mise en place de tout un système pour qu’apparaissent sur terre la vie, avec ses qualités précaires : âme ponctuelle ou plutôt, décidée. Par exemple l’existence de la lune (peut-être un accident cosmique), permet l’inclinaison de l’axe terrestre et sa stabilité, nécessaire aux saisons sans lesquelles la vie serait impossible. Donc la vie est le fruit du hasard – et comme ce fruit est merveilleux on peut dire que le principe créateur est maître du hasard. Ce que les travaux de Breuil qui ne ressemblent en rien à un traité de mathématique illustrent fidèlement.

Maintenant si le visage de l’homme en est absent c’est un peu comme l’acteur est absent de la scène d’un théâtre avant et après le drame : cela veut dire que tout est ordonné à lui, mais ce qui compte n’est pas tant la saynète où il fera son apparition fugitive, que l’immensité du désir et la patience qui le précèdent et le suivent, et qui ont mis tout en œuvre pour l’inscrire dans l’histoire, sa propre histoire. Comment représenter le fait que le mystère de la création a eu pour fin de produire un lieu pour la rencontre par la parole ? Le « but unique » de la nature est de « créer un tableau » (Malévitch ), seulement elle n’écrit pas sur la page vierge ni sur la toile blanche, ni sur le ciel comme les arbres noirs en hiver, mais directement dans le temps, en tant que celui-ci ne passe pas, et qu’il possède les caractères d’une suite. Toute inscription sur le livre de vie se trouve définitive. Et des « milliards de semences » jetées dans ce but aucune n’est donc perdue.

Bergamin empêcha Picasso d’ajouter de la couleur à « l’expression laconique » en gris, noir et blanc, du tableau qu’il lui avait commandé en 1937 (Guernica) : « La colère humaine est l’expression la plus divine de notre volonté d’être, contre la mort… Par le langage de la colère, l’homme se fait peuple. Et cette parole, ce langage, ce cri du sang, c’est celui que signifie cette peinture et c’est pourquoi elle coïncide avec l’histoire ». Le sang n’a donc pas besoin d’être peint en rouge sur la toile pour éclairer l’histoire d’un peuple, au contraire : « le sang brûle sans feu » (Calderon).

Breuil propose d’aller au-delà de ce cri : l’histoire, quelle que soit la colère qu’elle suscite – y compris les histoires personnelles de toutes ces vies gâchées – n’est pas représentée en tant que telle. La force tient bon dans le silence. Pourtant nous l’avons vu le « peuple » n’est pas absent : il est saisi à travers « la nuit des temps » dans ce que Raymond Oursel appelait « la période romane, hantée avant tout par le rêve de Sion ». Breuil reprend de ce peuple le rêve toujours déçu toujours répété de construire sa maison, la cité qui en soit une vraiment, « où les étrangers se sentent bien ». Les rencontres donnent parfois d’authentiques amitiés. Mais c’est comme si la civilisation affrontait délibérément le silence, la résistance de Dieu en s’efforçant de le masquer de tant de manières qu’il lui plait. Mes pensées ne sont pas vos pensées. Mes chemins ne sont pas vos chemins. Ici nous sommes aux antipodes. Le peintre expose ce silence-là avant de lui donner le sens ou le contenu de la colère : la colère grise ou noire n’est pas le ressort fondamental de l’œuvre, car le peintre en l’an deux mille et des poussières, de ce côté de l’eau, sait que s’il y a un Dieu, sa colère est bien plus grande que ne peut l’être celle des hommes, mais que son amour est encore bien plus grand que sa colère.

« L’amour vrai dégoutte de l’art », disait Van Gogh. « Nous sentions la crise morale d’un monde allant à l’abattoir, un monde dévasté par la grande dépression et par une guerre mondiale féroce. Il devenait impossible, à ce moment-là, de continuer de peindre le genre de peinture que nous faisions – fleurs, nus couchés, joueurs de violoncelle. La peinture était finie : nous devions abandonner ». Ces paroles de Barnett Newman, comme celles de Bergamin sur Picasso devancent évidemment la grande interrogation sur l’impossibilité de l’art après Auschwitz, et elles lui sont inférieures. Mais dans la peinture de Gérard Breuil, il n’y a pas de dégoût et la colère semble enfouie, le sang subsiste à l’état de flamme parce que le périple du peuple touche à sa fin dans peu de jours (quoique pour celui qui aime un jour soient comme mille ans…) Il faut surtout alors le rassurer, comme on murmure à un enfant son espérance, le bercer avec douceur dans deux grands bras puissants, et le garder inscrit coûte que coûte dans le rythme même de la création qui continue. « J’ai versé telle goutte de sang pour toi », et pour accomplir la parole d’Ézéchiel : « Je viens chercher moi-même mon troupeau pour en prendre soin ; je l’arracherai de tous les endroits où il a été dispersé un jour de brouillard et d’obscurité. Je le ferai sortir d’entre les peuples, je le rassemblerai des différents pays et je l’amènerai sur sa terre ».

L’histoire alla peu après Guernica beaucoup plus loin dans la déconstruction d’un monde acharné à détruire sa couleur, et c’est pourquoi tout ce qui n’est pas de la peinture en rajoute à outrance – peut-être pour oublier les hommes au costume rayé. L’héritage de l’histoire c’est en peinture la peinture juive. Le Saint des Saints est vide. Nebel und Nacht, cette autre manière de ne pas avoir de nom ni de visage. C’est ce vide-là que le peintre doit percer de sa lumière, alors même que la résistance devient plus forte, plus claire à mesure qu’il s’en approche. Dans l’ancien Israël le nom de D. ne devait jamais être prononcé sauf une fois, le jour du Grand Pardon (Yom Kippour), par le grand prêtre, dans cette chambre juste fermée d’un rideau mais comme au désert, absolument vide, au cœur du Temple alors saturé d’encens et de présence divine. Or aujourd’hui le peintre ou le poète a pris la place du grand prêtre, selon le mot de Yeats : « Aucun homme ne saurait créer comme le firent Shakespeare, Homère, Sophocle, s’il ne croit pas avec toute sa chair et toutes ses fibres, que l’âme de l’homme est immortelle ».

Extrait du texte de Olivier Véron accompagnant les suites saint martin de Gérard Breuil, © Les provinciales

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Pour l’amour de Sion

 

Michaël Bar-Zvi

 

« Pour l’amour de Sion, je ne garderai pas le silence, pour Jérusalem je n’aurai point de repos, que son salut n’ait éclaté comme un jet de lumière et sa victoire comme une torche allumée » Isaïe – 62

L’essence du sionisme se trouve, mot à mot, dans ces paroles du prophète Isaïe dont chacun des termes pourrait représenter un chapitre du traité philosophique à écrire pour l’expliquer. L’appel à une défense du sionisme et à la résistance face au retour de la bête antisémite nous a détourné de ce chemin emprunté jadis, puis délaissé, mais jamais abandonné. L’urgence des événements, avec ce qu’elle comporte de tragique et de fureur, ne saurait nous détourner trop longtemps de cette nécessité première d’une esquisse des fondements philosophiques du sionisme. Le siècle qui commence, portant en lui son lot d’épreuves et de surprises, laisse apparaître cette évidence : le sionisme est devenu une question philosophique. Le vingtième siècle a ramené le peuple juif dans l’histoire, par deux événements indélébiles : la Shoa et la création de l’État d’Israël. Le sionisme, s’il y avait une logique de l’histoire, aurait ainsi accompli son terme, réalisé ses principaux objectifs. Cette « révolution » annoncée du retour d’une nation sur sa terre ancestrale pour y construire une société moderne n’a pas seulement replacé les juifs dans le politique. Elle démontre jour après jour que la politique, l’économie et la culture sont confrontées à une question plus profonde. La légitimité du sionisme, contestée ou reniée, ne se fonde pas sur les réponses ou …

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« La Shoah par balles » (propos recueillis par Michel Gurfinkiel)


Un prêtre catholique, le père Patrick Desbois, est en train de révolutionner l’histoire de la Shoah « à l’est » : en Ukraine et dans les autres territoires soviétiques occupés par les forces allemandes à partir de juin 1941.


Michel Gurfinkiel. — Un prêtre catholique qui se consacre à la redécouverte de la Shoah en Ukraine. A priori, c’est surprenant…

Patrick Desbois. — Ca s’est fait un peu par hasard. Mon grand-père, prisonnier de guerre français, avait été transféré pour insubordination au Stalag 325 de Rawa-Ruska, à la frontière de la Pologne et de l’Ukraine actuelles. Une expérience qui l’a marqué à jamais. Quand les Français sont arrivés dans ce camp, ils ont appris que les « locataires » précédents, des prisonniers de guerre soviétiques, venaient d’être « liquidés ». Ils ont ensuite vu journellement des exécutions de juifs. Il y avait quelque chose de tellement infernal dans cette situation qu’ils ont fini par demander un beau jour au commandant allemand d’être fusillés, eux aussi. Cet officier a posé la question à Berlin : on lui a répondu que la politique du Reich était, pour l’instant, de reconnaître aux Français, à la différence des Soviétiques et des juifs, le bénéfice des conventions de Genève. Vous comprendrez aisément que, lors de l’effondrement de l’URSS, en 1991, je ne pouvais pas ne pas me rendre sur place. Pour voir ce qu’il restait de l’enfer, près d’un demi-siècle plus tard.

— Et qu’avez-vous vu ?

— Personne ne semblait savoir exactement où les juifs avaient été massacrés, où se trouvaient les fosses communes… J’ai dû mener une véritable investigation policière. Interroger beaucoup de gens, avec l’aide du prêtre local. Recouper les indications. Rencontrer des personnes très âgées, qui avaient été des témoins oculaires. Finalement, j’ai retrouvé ces fosses : elles étaient cachées dans des taillis, invisibles. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose pour marquer leur emplacement, préserver leur souvenir.

— Et puis ?

— Et puis les choses ont pris de l’ampleur. Je suis allé sur le site d’autres massacres. Comme à Rawa-Ruska, l’oubli était en train de s’installer : un repérage d’ensemble, portant sur l’ensemble de l’Ukraine, semblait donc nécessaire. Mais ce n’était pas tout. A travers les recherches sur les fosses communes, j’entendais des choses extraordinaires sur les massacres eux-mêmes, la façon dont ils avaient été organisés et perpétrés. J’ai compris que des pages cruciales de l’histoire de la Shoah étaient à réécrire.

— Pourquoi ?

— Le travail historique « classique » sur la Shoah a porté essentiellement sur les pays occidentaux, à commencer par l’Allemagne, et certains pays communistes d’Europe centrale et orientale, notamment la Pologne, où la plupart des camps nazis étaient situés. Mais l’URSS, jusqu’en 1991, était « hors champ ». Il était très difficile de s’y rendre, et plus encore d’y mener une enquête à caractère historique. En outre, le concept même d’un Holocauste ou d’une Shoah, c’est-à-dire d’un génocide des juifs, n’y avait pas cours : officiellement, les « fascistes » allemands n’avaient tué que des « citoyens soviétiques ». Résultat : beaucoup de choses restaient floues, ou étaient sous-estimées. On savait, en gros, que Himmler avait envoyé dans les territoires soviétiques occupés des unités mobiles chargées de l’extermination des juifs, les fameux Einsatzgruppen. On évaluait les victimes de ces opérations – au fusil et à la mitrailleuse, d’où le nom de « Shoah par balles » – à quelques centaines de milliers de personnes, un million au plus. On avait répertorié les sites des massacres, et l’on disposait parfois de photos terrifiantes prises sur lors de certaines exécutions. C’était apparemment beaucoup. Mais c’était en fait très incomplet par rapport aux connaissances dont on disposait sur la Shoah à l’Ouest.

— Les Soviétiques avaient pourtant fait une enquête de terrain dès 1944 ?

— Oui. Au fur et à mesure où ils reprenaient le contrôle des régions conquises par les Allemands en 1941 et en 1942, les Soviétiques constataient la disparition de populations civiles, découvraient des charniers, recueillaient des témoignages. De nombreux rapports ont alors été établis. Ils ont été utilisés au procès de Nuremberg ou en vue de la rédaction d’un document d’ensemble soviétique sur les crimes nazis, le « Livre Noir ». Mais ensuite, ils sont tombés dans l’oubli. Staline et ses successeurs les ont retirés de la circulation parce qu’ils allaient à l’encontre de la thèse officielle de massacres « antisoviétiques ». Les historiens occidentaux ont cessé de les utiliser parce qu’ils craignaient des falsifications du KGB, comme cela s’était produit dans le cas du massacre de Katyn. Aujourd’hui, avec le recul et compte tenu de l’on découvre en Ukraine, les rapports soviétiques initiaux suscitent à nouveau beaucoup d’intérêt. 80 % au moins de leur contenu semble avoir été vérifié.

— Comment enquêtez-vous ?

— Je travaille avec une équipe de onze personnes, toujours les mêmes. En moyenne, nous effectuons cinq voyages par an. Chacun de ces voyages dure une quinzaine de jours. Jamais plus, car le stress physique et moral est considérable. Presque rien n’a changé en Ukraine depuis la fin de la guerre. Imaginez une campagne immense, des routes à peine carrossables, des conditions de vie primitives, des habitations dépourvues de tout confort moderne, une paysannerie qui n’a pas encore très bien compris sous quel régime elle vivait aujourd’hui, des tensions toujours présentes entre ceux qui étaient restés fidèles à l’URSS en 1941 et ceux qui s’étaient ralliés aux Allemands. Imaginez un pays sans panneaux indicateurs, sans cartes fiables, où la plupart des gens ne savent même pas le nom de villages distants d’une dizaine de kilomètres. Nous arrivons sans prévenir, afin que personne n’ait eu le temps d’exercer des pressions sur les témoins éventuels. Les prêtres locaux, catholiques, uniates ou orthodoxes selon les régions, sont en général notre premier contact. Ils font savoir qu’un prêtre français et son équipe veulent rencontrer des personnes ayant assisté au massacre des juifs ou ayant reçu des informations à ce sujet. Cela rassure : l’essentiel, pour ces populations, est que nous n’appartenions pas « au KGB », ou à ce qui a pu lui succéder. Une fois ce point acquis, les gens viennent nous parler ou nous indiquent qui pourrait parler. Très simplement, sans difficulté. Nous photographions les personnes, nous filmons l’entretien. En fonction de ce qu’on nous a dit, nous localisons le site véritable des massacres, et donc des fosses communes, qui n’est souvent pas celui où l’on a érigé un monument ou une stèle à l’époque soviétique. Nous y cherchons d’autres indices : les douilles des tireurs allemands, par exemple. Et nous les trouvons. Notre but est de réunir, sur chaque massacre, le maximum de preuves tangibles et convergentes.

— Qui finance vos voyages ? Qui assure le contrôle scientifique de vos enquêtes ?

— Notre travail est placé sous l’égide de Yahad-In Unum (« Ensemble », en hébreu et en latin), une association judéo-chrétienne créée à cet effet. Nous bénéficions de l’appui de l’Eglise de France, du rabbin Singer du Congrès juif mondial, de la Fondation de la Mémoire de la Shoah (FMS), du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC), du Musée national de la Shoah, du National Holocaust Memorial américain. Le suivi scientifique est assuré par ces mêmes institutions et par diverses universités. Les matériaux réunis au cours de nos enquêtes, qu’il s’agisse des enregistrements des témoignages personnels, des compte rendus de recherche sur le terrain ou d’objets, leur sont confiés.

— Sur combien de sites avez-vous enquêté ?

— Nous avons repéré 2400 sites en Ukraine et nous en avons étudié plus de 600. Plus nous avançons dans nos recherches, plus nous découvrons de nouveaux sites. Nous avons commencé à travailler en Transnistrie, dans l’ancienne Moldavie soviétique. A terme, nous voudrions couvrir également la Russie actuelle et la Biélorussie. Le temps presse. Les derniers témoins oculaires de la « Shoah par balles » ont entre soixante-dix et quatre-vingt-dix ans.

— Qu’avez-vous appris de nouveau sur cette Shoah ?

— Enormément de choses. D’abord, le modus operandi des massacres. Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les juifs qui ont creusé leurs propres fosses, mais les paysans, mobilisés pour l’occasion. Ce sont les paysans, également, qui ont transporté les juifs sur le lieu de l’exécution, dans leurs carrioles. Les enfants ukrainiens étaient requis pour trier les vêtements des juifs. D’autres paysans ou paysannes devaient préparer la nourriture pour les exécuteurs. Dans de nombreux cas, les massacres n’ont pas été effectués par les Allemands, mais par des supplétifs ukrainiens, sous la surveillance des Allemands. En d’autres termes, une grande partie de la population rurale ukrainienne a assisté au génocide et une petite partie y a participé. De même, il ressort des témoignages que nous avons recueillis que les forces allemandes régulières, et pas seulement les Einsatzgruppen, ont participé d’une façon ou d’une autre aux massacres, ne serait-ce qu’en coupant les routes pour empêcher les juifs de s’enfuir, ou y ont assisté. On est très loin d’un crime commis dans une semi-clandestinité.

— Les Ukrainiens se sont-ils prêtés au génocide par antisémitisme ?

— Il y a eu des cas où la population locale a tué les juifs avant même que les Allemands ne soient là. Il y a celui des supplétifs ukrainiens, ou des prisonniers de guerre engagés dans la Waffen SS, qui ont participé activement au génocide. Le reste de la population a effectué des taches matérielles sous la contrainte. Certaines familles ont tenté de sauver des juifs. S’ils étaient découvert, c’était la torture et la mort. On nous a rapporté le cas d’une famille qui avait caché un enfant juif. Le commandant nazi local ne s’est pas borné à la faire fusiller : les cadavres des membres de cette famille ont été dépecés, et chaque morceau a été planté à une entrée différente du village, pour l’exemple.

— Autres découvertes ?

— Une autre idée reçue, c’est que la « Shoah par balles » aurait été en quelque sorte une Shoah « improvisée », menée dans l’urgence et au milieu des combats, à la différence de l’extermination quasi-industrielle menée à l’Ouest. Nous avons découvert qu’il n’en était rien. Tout était planifié, organisé dans le moindre détail, exactement comme à l’Ouest. Les Allemands prenaient bien soin de vérifier sans cesse l’identité juive des personnes qui allaient être exécutées : si un non-juif se trouvait là par erreur, il était immédiatement libéré (nous avons rencontré des personnes passées par cette épreuve). Les cas « douteux » au regard de l’idéologie nazie – demi-juifs, ethnies dont l’origine juive n’était pas certaine – bénéficiaient de sursis. Les « actions » étaient menées selon un plan géographique précis : les Allemands commençaient par les zones les plus proches du front puis remontaient vers l’arrière. Ils recouraient à des ruses psychologiques pour s’assurer de la docilité des victimes : la plus courante étant de les convoquer pour une « évacuation vers la Palestine ». En définitive, la seule différence avec la Shoah occidentale, ce sont les méthodes, plus appropriées aux conditions locales et beaucoup moins coûteuses.

— Vous pensez que le nombre total des victimes est plus élevé qu’on ne pensait jusqu’à présent ?

— Certainement. Certains massacres n’ont pas été pris en considération. D’autres ont été sous-évalués. Nous pensons que le total des victimes de la Shoah va au-delà du chiffre de six millions.

— Il y a eu des révoltes dans les ghettos, dans certains camps… Pas en Ukraine ?

— Le problème ne se pose pas comme cela. En fait, la plupart des hommes juifs valides se sont battus : ils avaient rejoint l’Armée rouge ou formé des maquis à l’arrière des Allemands, les fameuses unités de « partisans ». C’est surtout le reste de la population juive qui a subi la « Shoah par balles » : les personnes âgées, les enfants, les femmes.

— Que deviennent les sites des fosses communes, une fois que vous les localisez ?

— Nous menons notre action conformément à la loi religieuse juive, en liaison avec la yéshivah du Rav Schlesinger, de Londres. A priori, il nous est interdit de déranger les morts dans leur sommeil, et donc de procéder à des exhumations ou à une éventuelle réinhumation. Mais nous avons été en mesure de rapporter des faits nouveaux, comme le pillage des fosses : plus de soixante ans après le massacre, il y a encore des gens qui cherchent des dents en or ou d’autres objets de ce type. Selon les autorités rabbiniques, cela peut rendre nécessaire de nouvelles mesures. A titre personnel, je souhaite que les sites soient délimités, érigés officiellement en lieux saints, préservés. Les Allemands sont en train de réensevelir leurs morts de la Seconde Guerre mondiale, y compris les SS, dans des cimetières militaires magnifiques, à travers toute l’Ukraine. Je n’ai rien a priori contre de tels cimetières. Mais il serait inacceptable que pendant ce temps, les restes des victimes s’enfoncent dans une boue anonyme.

© Michel Gurfinkiel et Le Journal des Communautés, 2007

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