La Fontaine politique

« Le cœur, sous la forme plus étroitement politique du courage, est le moteur de l’histoire. »
Pierre Boutang.

Dans l’Europe des salons déjà invinciblement entraînée par la révolution cartésienne et par la force d’arrachement des idées neuves, La Fontaine comprend que les fables tiennent le fil des valeurs héroïques et parlent encore ce qu’il appelle la «  langue des dieux  ». À travers les siècles de fer qui s’annoncent, et qui emporteront non seulement le roi –  le chêne de la fable – mais le roseau pensant,  la fable a le pouvoir de transporter ces royaumes engloutis dans le cœur vivant d’un peuple.

« Il semble que l’heure, bonne et sévère, soit venue de reconnaître nos erreurs sur la figure de la force, écrit Pierre Boutang, et de sauver ce qu’elle a de divin – d’en implorer le salut : la seule réelle force politique sera désormais, si nous ne nous laissons pas écraser par le cadavre des derniers siècles, la communication propre aux communautés de naissance qui choisiront héroïquement d’y situer principalement leur salut : la perfection d’une langue aux divers degrés de sa vie authentique, et d’abord de sa transmission religieuse aux enfants de chaque patrie. Je ne dis plus seulement que ma patrie c’est la langue française, mais que c’est l’enseignement et la tradition de cette langue dans son intégrité. Tous les autres biens passent effectivement par celui-là ; c’est en lui que l’intérêt, et les intérêts deviennent par une métamorphose quotidienne, le bien commun national. Ainsi chaque fois qu’un enfant apprend sa langue, il imite et prolonge l’aventure capétienne du rassemblement d’une terre dans l’unité de sa parole maîtresse, gardienne…


« L’histoire tout entière, comme si elle était vécue et soufferte personnellement. » Nietzsche (Le livre idéal).