« En quoi pouvais-je faire preuve d’héroïsme, sinon en endossant l’habit du dernier écrivain, avec d’autres, isolés et passés sous silence, moi qui m’étais toujours tenu à distance des postures littéraires, refusant les honneurs, vivant à l’écart, i.e. en ban-
lieue […] » Richard Millet enrage de n’être plus lui-même ou plutôt d’avoir été contraint de devenir un autre personnage social, ou plutôt d’avoir vu apparaître un double étrange et caricatural, le facho, le réac, lui qui bâtissait une œuvre de romancier et ne rêvait que de décrire une Corrèze fantomatique. Il s’étonne encore du procès qui lui a été fait, et par quels médiocres, Ernaux en tête. De la position qui lui a été assignée de force, il contemple un monde faux, artificiel, refusant la mort, les saints et les héros, un monde mensonger qui prise la mauvaise littérature et bannit les vrais écrivains, fachos ou méconnus. C’est un pamphlet de plus, mais Millet réussit à se renouveler tout en brodant toujours sur la même double trame de sa vie et de la langue française, ne se résignant pas à faire partie des vaincus du Système et construisant, page à page, son tombeau comme celui de la langue, comme on bâtit un mausolée, d’autant plus incongru, émouvant et magnifique qu’il concerne un auteur qui se croit ignoré et une langue qui ne veut pas s’amuïr.
Richard de Sèze, Politique magazine n°259, juillet-août 2026.
• Richard Millet, L’écrivain français — tombeau, Les provinciales, 2026, 96 p., 12€


