Jean Birnbaum, Le Monde : « Ici, la politique commence par la fiction et elle y retourne. »

Sartre raillait les critiques littéraires qui s’acharnent à ne pas entendre ce que les écrivains disent dans leurs livres, et qui font comme si chaque auteur inventait seulement « une nouvelle manière de parler pour ne rien dire ». La réception du nouveau roman de Michel Houellebecq prouve que cette cécité volontaire ­demeure vivace, les subtils docteurs en houellebecquisme s’employant à ­démontrer que leur idole écrit pour ne rien dire. Or Houellebecq dit quelque chose. Il a choisi de parler de l’islam. De décrire la France comme un pays voué à passer sous l’emprise musulmane. Dire cela, ce n’est pas rien. Et contrairement à ce qu’on voudrait bien croire, son discours n’a guère à voir avec un éloge de cette religion. Il ne s’inscrit pas dans la vieille tradition qui voit dans cette foi l’unique salut d’un Occident rongé par l’individualisme, privé de toute espérance. La preuve, dans le roman, quand les personnages se convertissent à l’islam, c’est toujours mus par l’appât du sexe et du gain : une ­situation, de l’argent, un bel appartement, trois ou quatre femmes dévouées corps et âme… voilà les rétributions « spirituelles » promises par Soumission à qui se soumet. A l’opposé de l’ancienne lignée islamophile, donc, Houellebecq reprend […]

Jean Birnbaum, Le Monde : « Houellebecq et le spectre du califat. »

« Le 1er juin 1967, à la veille de la guerre des Six-Jours, le philosophe catholique Pierre Boutang (1916-1998) signait un article stupéfiant. Ce fidèle monarchiste, formé à l’école de l’Action française, y proclamait son admiration pour Israël. Jadis, comme beaucoup de ses amis pétainistes [1], Boutang avait manié plus d’un cliché antisémite ; à commencer par celui du juif cosmopolite, fossoyeur de toute identité nationale. Désormais, l’intellectuel royaliste faisait l’éloge d’Israël, « nation exemplaire » qui défendait ses frontières les armes à la main : « L’homme européen, notait-il, ne se trouve pas éminemment en Europe ou n’y est pas éveillé. Il est, paradoxe et scandale, en Israël. » Dans d’autres textes, Boutang allait jusqu’à faire de l’État hébreu une place forte de l’Occident, en mobilisant ce que son vieux maître, Charles Maurras, avait nommé le « théorème du rempart ». Quatre décennies ont passé, et ce théorème électrise plus que jamais les calculs nationalistes. Un peu partout en Europe, les droites radicales se trouvent divisées entre vieux antisémites et nouveaux occidentalistes (…) Ce clivage croissant impose la question d’Israël comme pierre de touche des nationalistes. (…) Le père fondateur [de la droite israélienne], Zeev Jabotinsky (1880-1940), aimait d’ailleurs à répéter qu’il fallait défendre sa terre et son honneur […]

Jean Birnbaum, Le Monde : « Boutang reprend le pouvoir ».

Le legs de Bat Ye’or Ni porteuse de haine, ni illuminée, la spécialiste de la dhimitude témoigne d’un questionnement inquiet. Dirigées par Olivier Véron, les éditions Les provinciales sont à contre-courant de la pensée libérale dominante puisqu’elles se réclament de l’héritage intellectuel de Pierre Boutang et d’un catholicisme « interrogeant les événements à partir des liens historiques de notre pays, de notre civilisation avec Israël et son héritage ». En publiant l’autobiographie de Bat Ye’or (Autobiographie politique : de la découverte du dhimmi à Eurabia. Editions Les provinciales, 2017. 350 p., 24 euros) et en rééditant au même moment l’un de ses principaux ouvrages (Le dhimmi, d’abord publié en 1980), elles ont donné à celle qui est née Gisèle Orebi, au Caire, voici plus de 80 ans, une visibilité médiatique (recension favorable d’Alexis Lacroix dans L’Express, bien plus mitigée de Jean Birnbaum, dans Le Monde) qui témoigne du questionnement inquiet d’un nombre croissant d’Européens sur la nature du modèle sociétal dessiné par les textes de l’islam et sur son adaptabilité aux valeurs occidentales. Je n’ai, dans le passé, pas ménagé Bat Ye’or. À la lecture de son autobiographie comme ensuite en la rencontrant, j’ai vu sa personnalité complexe, blessée et attachante au fond, qui porte encore tout le poids de […]

Gédéon Pastoureau, Dreuz : « Deux livres majeurs de Bat Ye’or… deux joyaux d’intelligence et de littérature… deux avertissements fermes qui nous sont adressés avec vigueur. »

L’histoire d’une vie vaut mieux que tous les discours. À ceux qui s’étaient gaussés de l’invention d’une mythique «  Eurabia  » (Eurabia. L’axe franco-arabe, Jean-Cyrille Godefroy, 2006, et L’Europe et le spectre du califat, Les provinciales, 2010) dénonçant la compromission des États européens avec les régimes islamiques au Maghreb et au Machrek, manquait tout un arrière-plan historique qui aurait permis de dépasser la polémique et l’invective et de débattre en toute connaissance de cause. Il faut rendre hommage à Olivier Véron éditeur des provinciales d’avoir demandé et de publier une autobiographie de l’auteur de ces prétendues élucubrations conspirationnistes, l’Anglo-Italo-Égytienne juive Bat Ye’or (Fille du Nil), pseudonyme de Gisèle Orebi. À l’entendre, au long de ces années, défendre le statut des minorités religieuses ou ethniques, on en oubliait combien le combat de l’intéressée – et de son mari David Littman (1933-2012) auquel elle consacre de magnifiques pages d’un grand amour – ne s’était jamais tant adressé à l’islam ou aux potentats dans les pays musulmans dont elle fut la victime dans l’Égypte nationaliste nassérienne, qu’aux minorités elles-mêmes qu’elles soient juives ou chrétiennes. On sait que la cause des juifs dits orientaux ou sépharades n’a été reconnue en Israël même qu’après de nombreuses années. […]

Nadia Lamm, Tribune juive : « Bat Ye’or étudie un mal qu’il nous appartient de reconnaître avec elle, la maladie de l’islam, pour lui opposer toute notre résistance fraternelle et l’aider à se délivrer. »

Je connais Bat Ye’or depuis des années. Je ne connais pas de femme plus courageuse, plus droite, plus scrupuleuse. Le travail intellectuel qu’elle a mené toute sa vie est considérable. C’est par son travail que la notion de dhimmi, définie de manière délibérément édulcorée dans le monde occidental pendant trop longtemps par les Musulmans pratiquant la da’wa et par de prétendus islamologues, comme renvoyant à la « protection » dont jouiraient Juifs et Chrétiens en terre d’islam, a pu prendre place dans la réflexion sur l’islam et se trouver enfin présentée dans sa sordide réalité : le dhimmi n’est protégée en terre d’islam qu’à la façon dont le proxénète protège les femmes qu’il met sur le trottoir. Le dhimmi doit payer le crime de n’être pas musulman et faire ce que les Musulmans lui disent de faire. Il doit être humilié, rabaissé, utilisé comme un ustensile, éventuellement jeté après usage, et tué. C’est par le travail de Bat Ye’or encore que la notion de dhimmitude, qu’elle a forgée et qui rime avec la notion de servitude, a elle-même pris place et servi à définir le statut du dhimmi en terre d’islam et partout où des Juifs et des Chrétiens menacés […]