Alfred Lévy, Valeurs actuelles : « Richard Millet explore la terra incognita de la relation entre l’homme et la femme »

Fragments d’un discours amoureux

Avec la Joute, essai éminemment littéraire, Richard Millet plonge au cœur du « combat de l’homme et de la femme dans la nuit du siècle ».

Entre « espèce de journal sans date » et essai kaléidoscopique dont les fragments sont ordonnés selon un ordre souterrain fait d’échos multiples, le nouveau livre de Richard Millet explore la terra incognita de la relation entre l’homme et la femme : « Amour, séduc­tion, mariage, scènes, trahison, deuil, etc. » Cette Joute — du latin juxtare, « jouxter », c’est-à-dire « se joindre », est-il rappelé en quatrième de couverture — fournit matière à réflexion(s) au lecteur qui découvre, page après page, la langue ciselée à l’extrême du plus célèbre banni du Landerneau littéraire.
Avec quelques compagnons de route triés sur le volet — Montaigne, Nietzsche, Balzac, Mallarmé, Kierkegaard ou encore Drieu la Rochelle, cet « excellent scruta­teur athée du couple » —l’écrivain arpente des chemins mystérieux, essayant de lever le voile sur les ressorts intimes qui animent le couple, en sachant évidem­ment que cette tentative se révélera vaine : « Chaque sexe témoigne non pour soi-même ni contre l’autre, mais du fait que nous ne partageons pas tout à fait le même monde et que nous ne sommes jamais ensemble au même moment », affirme-t-il. Et quelques lignes plus tard : « Nous resterons à jamais étrangers l’un à l’autre, dans une langue dont la commu­nauté doit devenir notre poème. »
Dans le vain bruit du siècle, ce texte se révèle aussi une invitation à renouer avec la puissance du verbe et celle de la conversation, un art éminemment fran­çais en voie de disparition qui constitue le substrat du lien amoureux.

Alfred Lévy, Valeurs actuelles du 26 novembre 2025.

• Richard Millet, La Joute, Les provinciales, 192 pages, 18 €