Olivier Véron, L’avenir du printemps : « La mort de Dominique Venner. »

Il ne croyait pas au progrès, mais alors pas du tout, et une nostalgie ridicule mais sanglante lui fit vanter jusqu’au pied de l’autel de Notre-Dame les civilisations archaïques – sans jamais réaliser que ce sont les Juifs et non les Grecs qui ont mis fin pour nous aux sacrifices humains : un des très rares progrès certains de l’Histoire
« J’ai versé telle goutte de sang pour toi », lui murmura amoureusement le Crucifié pascal. En avançant dans le sanctuaire le sang battait ses tempes, mais le sang innocent gardé dans le sanctuaire et dans cette goutte déjà versée en lui était le même que celui de la jeune fille juive, la soi-disant mère de Dieu à laquelle avait été consacrée la France, aux pieds de laquelle il s’est jeté. Par le sang de la Nouvelle Alliance la cause de Dieu était entendue, l’Alliance (« que le christianisme n’a pas abrogée ») était à nouveau confiée à ce peuple rebelle, c’est-à-dire pas assez fou, pas plus fou que Venner pour croire vraiment à ce miracle, l’Incarnation, couronnant d’une manière aussi extravagante, charnelle et prosaïque – aussi peuple, dirait Péguy – son ancestrale mission sur cette terre. Et ce n’est que pour cela, par cet infime manquement, que nous nous trouvons appelés à notre tour, les hérauts et les gueux des chemins de la grâce, à jeter nos manteaux sous ses pas et proclamer « Hosanna au Fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » et bénie soit la parenté du Roi des rois, la descendance de Dieu par le sang des Juifs ; nous pouvons le crier ou le croire en silence à leur place, mais surtout à leur côté : par avance leur Alliance nous a liés à l’origine absolue, au « Je Suis » de Moïse, camarades, elle a lié toutes les nations d’Europe comme les gerbes du rêve de Joseph auquel nous appartenons et dont nous sommes sortis nous aussi, ces nations que l’histoire n’avait même pas encore produites à l’heure de la Passion, et auxquelles seule une sorte de cécité mentale mystérieuse et banalement humaine des enfants d’Israël allait donner une chance de l’être. C’est cela qui est à creuser maintenant sur la terre comme dans le ciel : nous constatons, nous constatons la vocation ininterrompue et l’élection irrévocable des Juifs, nous les voyons précipités sans répit au cœur des nouvelles vicissitudes de l’histoire, et nous devons nous tenir à leur côté, de leur côté. L’Alliance encore nouvelle pour eux à laquelle nous pouvons croire davantage qu’eux-mêmes peut-être, dans la toumente, fonde la confiance en eux. C’est cela qui constitue l’étendue exacte de la Nouvelle Alliance, sang et eau coulant ensemble de la même plaie.

extrait de : Olivier Véron, L’Avenir du printemps, Les provinciales, 2014.