L’Être et l’Argent

par Henri Du Buit

160 pages

Prix : 18 €




On croit que l’invention de l’écriture, sa popularisation et la construction d’un ensemble de lois écrites pour définir les mœurs dans notre société ont été les principaux facteurs de civilisation et d’épanouissement humains… Cependant les grandes catastrophes des derniers siècles ont révélé le risque que faisait courir le déploiement concommittent de la puissance technique, de la bureaucratie, et d’un droit d’autant plus implacable qu’il se dit exercé au nom du peuple. La forme primaire de ces brutalités abstraites est l’écriture, à l’origine simple instrument de compte, mémoire de la dette, devenue clé du pouvoir fixant la hiérarchie des dominations : l’écriture ou l’argent. La force de la civilisation occidentale, avec ses travers, ne vient pas du tout bien sûr d’une quelconque supériorité d’esprit, mais du levier choisi pour multiplier sa force physique, qui diminue d’autant sa force morale : car l’écriture (Platon avait prévenu) efface la mémoire personnelle jusqu’à l’inconscient.

En France les peuples qui disparurent dans l’apprentissage forcé d’une langue écrite se transformèrent en leur vainqueur, le Bourgeois, et appliquèrent à la planète ce qu’ils avaient eux-mêmes subi. Claude Lévi-Strauss l’avait relevé : « Il faut admettre que la fonction primaire de la communication écrite est de faciliter l’asservissement. (…) cette exploitation qui permettait de rassembler des milliers de travailleurs pour les astreindre à des tâches exténuantes (…) La lutte contre l’analphabétisme se confond ainsi avec le renforcement du contrôle des citoyens par le pouvoir. Car il faut que tous sachent lire pour que ce dernier puisse dire : nul n’est censé ignorer la loi. »

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