Ceci est mon sang. Une alliance suprêmement concrète
ISBN 9782912833907 COLLECTION coll. La France juive ANNÉE 2025 FORMAT PRIX 15,00 € NB PAGES 160 p.
Olivier Véron
Recenseur : Didier Luciani
Recension parue dans la NRT 148 / 3 (2026), page : 487
Dans les traces de Léon Bloy (« Le Sang […] versé sur la Croix… de même que celui qui est versé […] chaque jour dans le Calice […] est naturellement et surnaturellement du sang juif »), de Charles Péguy (« juif, chrétien, français »), de Paul Claudel (« C’est Israël qui a accordé à Dieu l’incarnation »), de Joseph Ratzinger (« On ne peut absolument pas opposer l’un à l’autre l’Ancien et le Nouveau Testament comme deux religions différentes ») et in fine de St Paul lui-même (« Ce n’est pas toi qui portes la racine, mais c’est la racine qui te porte »), Olivier Véron martèle que, sans la vie du peuple d’Israël, l’Église n’est rien et que ce lien entre les deux constitue une alliance infrangible, précisément parce qu’elle est scellée dans le sang. Très bien. Mais son propos s’inscrit aussi dans le cadre de la philosophie politique de Pierre Boutang (La politique : la politique considérée comme souci), de son élève Michaël Bar Zvi (Philosophie de l’antisémitisme) et d’une certaine idée du nationalisme juif, lui-même lié à une certaine vision du rôle de Tsahal (l’armée de défense d’Israël). D’où de nombreux coups de griffe, notamment à l’encontre du dominicain Jean-Miguel Garrigues (L’Unique Israël de Dieu ; L’impossible substitution) qui comprendrait Israël de manière trop biblique, trop abstraite, trop spirituelle et, finalement, trop éloignée des réalités concrètes du terrain et ce, y compris des événements les plus récents à l’intérieur de la société israélienne et en rapport avec elle. Ce qui conduit l’A. à affirmer, après moult détours et digressions : « Ce qui fait du sionisme “la question centrale de la pensée politique contemporaine”, c’est bien l’idée biblique d’Alliance […]. À aucun moment, la dimension d’appartenance nationale de cette parole “Ceci est mon sang” ne devrait donc être oubliée ni sous-estimée, à l’occasion de cette longue nuit de Pâque qui semble durer jusqu’à la Seconde guerre d’indépendance d’Israël à laquelle nous assistons » (p. 152). En regard de ce genre de propos discutables – c.-à-d. qu’il faut à tout prix discuter –, on lira la déclaration récente des patriarches et des chefs d’Église de Jérusalem (17 janv. 2026) sur les dangers d’une certaine forme de « sionisme chrétien ». D’un point de vue formel, ce petit livre gorgé de citations et de notes de bas de page (665 pour 160 p. en format poche !) reste difficile à lire, même pour celui qui possède les références culturelles auxquelles l’A. fait allusion. —
D. Luciani, Nouvelle Revue Théologique n°148/3, juin 2026.

