Lucien Samir Oulahbib, Dogma : « un livre qui prolonge, innove, amplifie »

Olivier Véron prolonge innove amplifie « l’impossible antisémitisme » de Jacques Maritain, l’hommage de Paul Claudel à Marie, la concession de Léon Bloy, les regrets de Maurice Barrès se rendant compte à la différence de Charles Maurras et de tous les ethno-différentialistes d’aujourd’hui que du sang juif (et métèque) a aussi coulé dans les tranchées de 14, ce que les adeptes de Philippe Pétain ne voient toujours pas en ce début (chaotique) du troisième millénaire chrétien (malgré la mise en garde, prémonitoire, de Charles Péguy leur intimant d’oser regarder…). Car il y a toujours cet entêtement à faire oublier avec ténacité que Jésus se dit, se sait, descendant de David et Salomon ; de même que Charlemagne ; et déjà Clovis, par Clothilde, avait accepté la lueur (l’Esprit) de cette filiation rejetée désormais, officieusement, malgré Jean-Paul II et Benoît XVI, malgré le Christ, cet esprit « moderne »  qui apporte l’épée du renouveau (Matthieu 10  :345 ) en posant que l’on ne peut aller au Père que par lui, comme insiste Jean (14:66 ), et non en s’affiliant seulement à sa politeia d’appartenance.
Là est la force et la faiblesse (le bien et le mal, le bon ou le mauvais) de la modernité christique profondément ancrée dans du « sang » juif (comme le souligne l’auteur) mais sommant de « rendre à César »-Léviathan la gestion d’ici-bas  : optant donc pour l’éternel pardon (ou miséricorde reprise par ses Imitateurs) tout en sachant que la gestion s’occupant de là-haut est nécessairement faillible, fondant d’ailleurs son Corps terrestre sur Pierre qui en renia pourtant la Chair trois fois (remarqua le Grand Arnaud)  ; ce qui fit sans doute dire à Augustin (par ailleurs en prise avec Donat) et reprendre au cœur de la Première Croisade que le pardon ne veut pas dire soumission (comme le « croit » Jacques Derrida lisant Georges Bataille), le don reste réciproque (rappelle Jean Baudrillard lisant bien mieux Marcel Mauss que les deux premiers) ; d’où l’idée de « guerre juste » bien oubliée aujourd’hui par les représentants actuels d’une Église oubliant que si Jésus est basané et non blond aux yeux bleus, il descend bien plus de Moïse que d’Abraham (et encore moins d’Ismaël) du fait des Tables (sur lesquelles Odin peut sans doute s’attabler, par Toutatis ( !) mais non prétendre les avoir fabriqués comme l’énonça Arius et ses Imitateurs du VIIe siècle…).

« Le Juif dispose comme le dit Ahad Haam, d’un nationalisme naturel qui s’exprime par des faits, des actes et des paroles. Chaque pas franchi, chaque geste mené à son terme est national parce qu’il en répond comme juif en face de l’autre  » (Bar-Zvi, Être et Exil, page 381). Et quand Israël se trouve dans l’obligation de devoir encore verser de son sang et verser le sang, c’est le Seigneur lui-même qui pleure ces larmes de sang. » (Olivier Véron, Ceci est mon sang, p. 159) .

S’il y a eu certes prima de la descendance franque comme « fille aînée », elle perd automatiquement cette aura lorsqu’elle renie encore pire que Pierre la filiation organique (au sens d’Émile Durkheim) du christianisme au judaïsme, le premier se spécialisant dans le travail de la Parole doutant du doute qui doute du doute modernisant « absolument » dit Arthur Rimbaud et sans cesse le « sang » ( « dans quel sang marcher ? »)  ; ce qui n’a rien à voir avec un quelconque paganisme sacrificiel, la transsubstantiation signifiant pleine présence en acte de cette Force stipulant que le Mal (indiqué tout autant par Rimbaud que par Baudelaire) peut être conjuré (voire chassé) par le soutien du Christ, cette Direction, ce Verbe fait Chair (non pas seulement « corps ») voilà la Bonne Nouvelle, celle de ne pas attendre la présence de la fin pour être ce présent-là.

Lucien Samir Oulahbib, Dogma n°33, hiver 2025, page 197.

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