176 pages, 16 €
Vers la fin du XIIe siècle, Lothaire écrira deux livres sur la dignité : Les Mystères des messes et le traité sur le mariage, qui décrivent ce que nous pouvons être et faire de mieux ici-bas. Cette dignité exige toutefois de faire d’abord l’inventaire de notre indignité, déclarer avec honte mais sans retenue, la misère de notre condition. C’est le De Miseria. Élu Pape trois ans après ce livre, sous le nom d’Innocent III, Lothaire décrit la Création profanée : un paysage sublime que des poisseux ont souillé et sinistré. La misère humaine ne connaît ni apports ni déperdition, elle demeure atrocement égale et stable. Au contraire de ceux qui, dans l’Église, justifient tout, qui trouvent tout bon ou utile, qui font des maux les plus atroces des moyens pour aller bien, faiseurs de théodicées et arrangeurs qui nous conduisent à l’Empire universel et homogène sans frontières ni classes, via Auschwitz et Hiroshima, on ne lit pas chez Lothaire que la misère soit bonne à quoi que ce soit : la misère est vaine. Les harmonies naturelles portent la signature d’un Créateur sage, artiste, montrent que la Terre a pu être un Paradis (un Jardin). Nos dons signalent la même origine. L’auteur de cette Création ne saurait l’avoir profanée après l’avoir sanctifiée, et comment les déchus pourraient-ils restaurer ce qu’ils n’ont pas su garder et cultiver ? Le De Miseria supplie le Sauveur de venir mettre fin à « l’intolérable tolérance » des misères chez les hommes, qu’on dirait prêts à tout supporter pour vivre un peu.
Texte de 1195, inédit en français, traduit du latin et présenté par Ghislain Chaufour
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