Ce qui est écrit est écrit

« Bloy dit que le secret du monde c’est que l’argent se cache. Il se cache dans les écritures. »

Créée pour l’inscription des inventaires et l’administration, l’écriture, devenue omniprésence dans notre civilisation, ne s’est jamais émancipée de son lien générique à l’argent. L’échec apparent du christianisme en Europe et les abominations kafkaïennes du dernier siècle ont fait douter de sa capacité d’authentiquement servir la cause de l’homme par la ligne de crédit et la bureaucratie… Henri Du Buit s’est demandé une bonne fois si l’écriture était le moyen adéquat pour fonder une société qui ne devienne pas « la Colonie pénitentiaire » et il n’a trouvé depuis que des indices concordants du contraire. Mais ici pas de mélancolie, car si l’écriture nous laisse à peine de quoi imaginer un monde sans elle, Du Buit continue avec un merveilleux étonnement l’exploration du continent qu’il a découvert, véritable Christophe Colomb des bibliothèques, en doutant puis en mettant en cause (comme Platon) l’instrument choisi pour rechercher et pour fixer la vérité, et en particulier la vérité divine.

N’importe si notre génération est prise au piège, ce livre réveille la force du rêve pour ouvrir un dialogue inouï entre les religions qui dépasse radicalement la meurtrière querelle sur les « saintes Écritures »…

« Méthode d’investigation sans concession », « classique modernité », « courage » sont les mots par lesquels Pierre Boutang rendait compte des tout premiers travaux de son élève sur l’écriture et l’argent : « Nous sommes ici en présence du véritable commencement d’une œuvre ». Ancien secrétaire de Marie-Madeleine Fourcade (Comité d’Action de la Résistance) Henri Du Buit est passé maître dans l’art du Renseignement et nous livre un nouveau chapitre de sa « Comédie humaine » vraiment philosophique.