Jean-Pierre Lledo, J-Forum : «Un roman qui nous plonge dans la matérialité de la grande tragédie, universelle, de l’exil.»

Le dernier Khamsin des Juifs d’Égypte, par Bat Ye’or

« Il était prisonnier de sa haine, davantage que je ne l’étais de sa méchanceté », dit un Juif de son gardien de prison.

La seule chose que je regrette dans ce livre, c’est la deuxième partie du titre. Il réduit l’ampleur du roman. Qui nous plonge dans la matérialité de la grande tragédie, universelle, de l’exil. Quiconque a dû un jour être forcé de quitter son lieu de vie depuis la naissance, arraché au scalpel, et rejeté comme une ordure, s’identifiera à Elly, qui alors que le départ est imminent, ne cesse de déambuler « dans la ville béante à la chaleur d’Août… afin de mieux aimer, d’aimer sans illusions ce monde damné qui m’expulsait ». L’héroïne, est une jeune fille qui a à ce point le Caire dans la peau, que son double, le narrateur prendra par la suite pour pseudonyme de plume ce beau nom nostalgique Bat Ye’or, La fille du Nil
Je ne veux pourtant bien sûr ni sous-estimer la spécificité juive, ni l’expérience particulière des Juifs d’Egypte, dans laquelle nous immerge le roman. Mais ce qui m’y a le plus captivé, c’est la description de cette atmosphère particulière qui précède le départ définitif. Les derniers mois, les dernières semaines, les derniers jours, le dernier khamsin, ce vent très chaud du désert qui déferle, appelé sirroco en Afrique du Nord (Le coup de Sirocco est aussi le titre d’un film sur l’exil d’Algérie des Juifs et des Pieds Noirs).
En cette période dernière, les masques des dominants et les œillères des dominés tombent. Jusque-là les premiers prenaient malgré tout…


« L’histoire tout entière, comme si elle était vécue et soufferte personnellement. » Nietzsche (Le livre idéal).