BABEL OU ISRAËL

Dans un grand article consacré à «L’expulsion silencieuse des Juifs d’Europe », Jean Birnbaum dans Le Monde se réfère bien sûr au fameux livre de Jean-Claude Milner, Les penchants criminels de l’Europe démocratique paru en 2003, mais aussi à un célèbre article de Pierre Boutang dans La Nation Française. Il admire qu’en 1967 Boutang ait pu écrire ces lignes : « À cette heure, il n’y a pas d’Europe. L’homme européen ne se trouve pas éminemment en Europe, ou n’y est pas éveillé. Il est, paradoxe et scandale, en Israël. » Birnbaum commente : « Au sein d’une Europe démocratique ayant renoncé à ses anciennes formes politiques (…) l’affaiblissement des États souverains, sur le vieux continent, semble indiquer que celui-ci ne peut plus constituer un abri.» Cette analyse réaliste, à la veille d’élections européennes importantes dont l’enjeu est la question de supranationalité, n’est pas anodine sous la plume du directeur du Monde des livres. Cependant Jean Birnbaum ne va pas jusqu’au bout de la citation, car en juin 1967 Boutang continuait ainsi : «C’est en Israël que l’Europe profonde sera battue, “tournée”, ou gardera, avec son honneur, le droit à durer. » Le modèle le plus singulier qu’a créé cette Europe, l’État-nation, la nation dotée de souveraineté, de sa propre langue publique et juridique pour énoncer ses lois et ses mœurs, la nation jouant un rôle particulier dans l’histoire, cette Europe-là n’est pas sauvegardée par ladite construction européenne, et semble au contraire avoir été progressivement rejetée en vue d’une organisation qui « ne se reconnaît plus de limites ni géographiques ni historiques » (dit Milner)  (suite ici) 


« L’histoire tout entière, comme si elle était vécue et soufferte personnellement. » Nietzsche (Le livre idéal).