Jacques Henric, Art press : « du sang bien rouge, qu’une coupe ne pourrait contenir… »

« Pour qui cherche dans les œuvres des écrivains autre chose qu’un délassement ou une trépidation nerveuse,
le titre d’un livre a l’importance d’un ostensoir de grandeur ou de vanité. »
Léon Bloy.

« (…) Ceci est mon  sang, d’Olivier Véron, responsable des éditions Les provinciales, nourri de la pensée de Pascal, Péguy, Bloy, Bernanos, Claudel, s’interroge depuis longtemps sur les liens du judaïsme et du christianisme. Dans son essai, il y revient, mettant sa culture littéraire, philosophique, théologique, politique au service d’un combat dont l’actualité – antisémitisme en folle extension, aussi l’antichristianisme, dans le monde et notamment en France – rend urgente la lecture de Ceci est mon sangCes mots sont ceux repris de la consécration de la coupe dans le catholicisme. La citation de Bloy, tirée de son livre le Salut par les Juifs, datant de 1892, mise en exergue au livre de Véron résume d’entrée, admirablement, sa réflexion sur l’Alliance entre le peuple d’Israël et le peuple de l’Église : “Le sang qui fut versé sur la Croix pour la rédemption du genre humain, de même que celui qui est versé invisiblement, chaque jour, dans le Calice du Sacrement, est naturellement & surnaturellement du sang juif…” Péguy, parlant de lui, a confirmé Bloy : « Juif, chrétien, français.” Et Claudel : « C’est Israël qui a accordé à Dieu l’incarnation.” Olivier Véron le martèle : le lien entre la nouvelle et l’ancienne Alliance est intrinsèque. Les conséquences d’une rupture ont eu des effets tragiques, aujourd’hui plus que jamais. Il est beaucoup question de guerres dans le livre de Véron et inévitablement de sang, du bien rouge qu’une coupe ne pourrait contenir. (…) »

Jacques Henric, Art Press n°540, février 2026.