
Ernst Jünger & Joseph Wulf
Joseph Wulf avait publié ses premiers textes à Cracovie avant la guerre, puis rejoint une organisation juive souterraine combattant les nazis après l’invasion de la Pologne. Arrêté par la Gestapo en mars 1943 et déporté à Auschwitz, il s’échappe lors d’une « marche de la
mort » en 1945 et fonde, un mois après, une Commission pour rassembler la documentation des crimes nazis. Il publia de nombreux ouvrages sur le IIIe Reich, ses meurtres de masse et la collaboration des intellectuels avec le régime.
« J’interviens à peine, je laisse au contraire toujours les documents parler d’eux-mêmes. En revanche, ils sont analysés avec une attention scrupuleuse jusque dans le plus petit détail, afin que le résultat puisse être ensuite commenté objectivement. »
Historien indépendant il s’est heurté à l’hostilité des universitaires allemands qui s’étaient souvent compromis sous le nazisme et s’intéressèrent peu aux camps de la mort avant la fin des années quatre-vingt.
Ernst Jünger, ancien officier de la Wehrmacht, chef de section d’assaut pendant la Première guerre mondiale, auteur d’Orages d’aciers, avait été affecté à l’état-major du commandant militaire de Paris pendant la Seconde guerre mondiale, en dépit de la publication en 1939 à Berlin de son chef d’œuvre anti-totalitaire, Sur les falaises de marbre. La conduite de Jünger sous le IIIe Reich apparaissait à Wulf « comme la quintessence de l’émigration intérieure d’un écrivain dans un État totalitaire ».

