Crafouilli, légendaire récit

par Serge Rivron

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208 pages, 20 €


Crafouilli est la légende d’une peuplade en laquelle se résume l’humanité. L’auteur raconte ses origines, qui se perdent dans la nuit des temps, avec les grandes étapes de la civilisation : l’invention du langage, de l’écriture, du sexe, puis du cache-seins, de la cuisine, etc. Les siècles sont traversés à toute allure, les millénaires aussi, mais quelquefois l’histoire s’arrête, ou bifurque à cause des événements ethniques, politiques, amoureux, ou à cause de l’intervention divine : l’épopée de Crafouilli n’est pas plus livrée au hasard que la nôtre, mais quand ses tâtonnements le plus souvent absurdes et cruels passent les bornes, « le Grand » (le seul Dieu pudiquement désigné) ressaisit d’une main ferme sa peuplade avant qu’elle ne se perde tout à fait dans des trivialités sanglantes : il lui accorde des signes, il lui donne le Livre, ou lui envoie son Prêcheur, sorte de prophète édenté, sale et repoussant, bonne fée puante émanée de la misère des âges, mais à la verve puissante et qui manie la trique quand son langage de douceur fait chou blanc.
La langue de Rivron, pleine d’inventions truculentes, singulières, plonge aussi aisément dans les douces poésies bucoliques de l’éros, et dans la tourbe sordide du sexe puant et dégrisé – mais elle est parfaitement classique dans son rythme et dans sa beauté, sa précision rationnelle. Les vérités intemporelles, universelles, sont en même temps pour nous les plus intimes, aussi ne s’étonne-t-on pas de voir de ce fond des âges remonter peu à peu jusqu’à nous les personnages tragi-comiques des dernières décennies : De Gaulle (« Le Sergent ») flirte avec Londres comme avec sa Jeanne d’Arc, « le Roi Aymar » télescope prodigieusement les figures de Pétain et de Mitterrand… Ainsi avec tendresse chacun reconnaît cette peuplade un peu rugueuse, moqueuse, gauloise au fond, pathétiquement française, franchouillarde, et pourtant secrètement fière et digne de se dresser vers le ciel.
A l’opposé d’un Houellebecq (la même génération que Rivron), dont le désenchantement et le sexe déçu ont brisé en fin de compte la vigueur poétique, et qui se range de lui-même dans le placard doré des mièvreries puritaines et prétendument scientifiques genre New-âge, Rivron (ce catholique libertaire) par une langue digne de la France de Rabelais pousse à la jubilation. Ce qu’il faut reprocher aux totalitarismes révolus ou rampants, ce n’est pas leur brutalité mais le mépris du terrestre, des mille petites incarnations émouvantes de la Création. L’amour ne fuit pas les recoins, il les éclaire crûment. Un peu bêtes les crafouillis n’ont pas honte, ils se prennent aussi pour des anges à leur manière – mais au fond c’est des hommes, c’est avec de la terre qu’ils sont faits et s’ils parviennent au Ciel c’est les souliers crottés.

Olivier Véron


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« Serge Rivron s’affirme un Rabelais moderne. Avec une langue d’orfèvre, décorée d’argot, où l’invention verbale caracole et surprend le lecteur à chaque ligne, il retrouve la verdeur du génie français, telle que le XVIe siècle l’a inventée.»

Stéphane Giocanti
L’Action Française

 

« Ce pourrait être du Rabelais, pourtant ce n’en est pas. Ce pourrait être du Guyotat, sauf que l’on y comprend quelque chose… Adoptant une langue touffue (mais toujours lisible), grouillante d’archaïsmes, Serge Rivron a composé une singulière métaphore de nos temps présents, en manière de fable, où se retrouvent en filigrane les silhouettes de De Gaulle, Pétain, Mitterrand… On peut être rebuté, mais l’ivresse de la langue est souvent communicative.

Nicolas d’Estienne d’Orves
Le Figaro