Revue

l'histoire tout entière, comme si elle était vécue et soufferte personnellement.

Nietzche (Le livre idéal)



Depuis le début nos publications s’efforcent de renouer avec la tradition des écrivains français qui, à partir de leur perception extrêmement forte du sens chrétien de l’histoire, interrogèrent avec passion les évènements de leur temps. Nous le comprenons aujourd’hui, ces écrivains se distinguèrent sans doute pour avoir su reconnaître le mystère d’Israël à la racine de l’histoire, et au cœur du mystère de leur foi. Les évènements de ces dernières années (entrelaçant inexorablement le politique et le religieux) nous ont montré que les relations entre Juifs et chrétiens pouvaient fort bien se disloquer à nouveau dans l’épreuve, ou s’orienter vers une « nouvelle alliance » dont il faut préciser la nature et les limites.

Il semble urgent de définir les valeurs communes qui constituent notre civilisation de la liberté sur un plan plus profond que les seules formes héritées de la Révolution française ou du mercantilisme – de retrouver la source de ce que Péguy et Bernanos appelaient « le grand mouvement de 89 ». Car il faut prévenir le risque de dissolution de la mémoire sous les contraintes et les mirages d’un mode d’organisation désormais presque aussi « bureaucratique » que ceux que dénonçait Hannah Arendt, et éloigner la cruauté qui l’accompagne.

« Province » est un terme un peu vieilli d’histoire romaine, qui désigne n’importe lequel des pays conquis. L’éternel désarroi de l’homme des nations au contact des empires est un signe. Dans le dédale qu’avait prédit Kafka il peut être notre fil conducteur.