Charlotte Delbo

Charlotte Delbo est née en 1913, dans une famille d’origine italienne. Le père est chef monteur riveteur. Étudiante en Philosophie, elle adhère à la Jeunesse communiste en 1932 et épouse Georges Dudach.
En 1937 elle est recrutée par Louis Jouvet et devient, après Jean Anouilh, sa secrétaire au théâtre de l’Athénée. En 1941 la troupe commence une tournée en Amérique latine pour se soustraire aux exigences culturelles de l’occupation. Apprenant l’exécution d’un camarade condamné pour « terrorisme », elle rejoint son mari et travaille dans le réseau Politzer pour la publication des Lettres françaises à Paris. Le 2 mars 1942 tous deux sont arrêtés et incarcérés à la prison de la Santé. En représailles à un attentat, Georges Dudach ainsi que sept autres détenus est fusillé au Mont-Valérien le 23 mai 1942. C’est sa dernière entrevue avec lui ce jour-là, qui constituera le deuxième tableau de Ceux qui avaient choisi. Charlotte Delbo est conduite au fort de Romainville. Le 24 janvier 1943 elle est déportée à Auschwitz. Le 7 janvier 1944 on la transfère à Ravensbrück.

Après la libération, en convalescence en Suisse, elle entreprend d’écrire ce qu’elle a vécu. Elle retrouve d’abord Jouvet et l’Athénée, puis elle travaille pour l’ONU, faisant plusieurs séjours en Grèce, où elle situera l’après guerre de Ceux qui avaient choisi. À partir de 1960 elle est l’assistante d’Henry Lefèbvre au CNRS et elle fait paraître son premier livre, sur la guerre d’Algérie. Mais à part quelques témoignages parus à la libération, elle ne commencera à publier vraiment sur l’expérience concentrationnaire qu’en 1965 : Aucun de nous ne reviendra, puis les autres volumes qui constituent sa trilogie, traduite dans de nombreuses langues, « Auschwitz et après ». Elle écrit aussi pour le théâtre, un théâtre politique. Sa seule pièce sur la déportation, Qui rapportera ces paroles est la plus jouée, surtout aux États-Unis. Ceux qui avaient choisi, écrite en 1967, juste avant le coup d’État des colonels, est restée inédite jusqu’à aujourd’hui.
Charlotte Delbo meurt d’un cancer en 1985. En 1995, sur un signal de France Culture, la compagnie Bagages de sable et 320 comédiennes commençaient une nuit de lecture de ses textes dans 154 communes d’où les femmes du convoi du 24 janvier 1943 étaient originaires. Elle est parmi les cinq déportés présentés au « pavillon français » d’Auschwitz.


sur Charlotte Delbo, cf. www.charlottedelbo.org

Œuvres de Charlotte Delbo

Les belles lettres, Éditions de Minuit, 1961.
Le convoi du 24 janvier,Éditions de Minuit, 1965.

Auschwitz et après
1. Aucun de nous ne reviendra, Gonthier, 1965 ; Éditions de Minuit, 1970.
2. Une connaissance inutile, Éditions de Minuit, 1970.
3. Mesure de nos jours, Éditions de Minuit, 1971.

Spectres, mes compagnons, Maurice Bridel, 1977 ; Berg International, 1995.
Kalavrita des mille Antigone, LMP, 1979.
La mémoire et les jours, Berg International, 1985.

Théâtre

Ceux qui avaient choisi, [1967], Les provinciales, 2011.
La théorie et la pratique, Anthropos, 1969.
La sentence, pièce en trois actes, P.-J. Oswald, 1972.
Qui rapportera ces paroles ? tragédie en trois actes, P.-J. Oswald, 1974 ; HB, 2001.
Maria Lusitania, pièce en trois actes, et Le coup d’État, pièce en cinq actes, P.-J. Oswald, 1975.