Presse

Théâtre et transmission

Si la Shoah a pris tant d’importance en Europe, ce n’est pas à cause de ce que l’on a appelé « l’industrie de l’holocauste », « la religion de la Shoah », ou à cause des intérêts politiques de l’État d’Israël… Mais plutôt parce que l’autodestruction de la puissance européenne dans la première partie du XXe siècle a coïncidé avec le maximum d’oubli de ses propres exigences et de ses origines dans l’entreprise de « la solution finale ».

Les témoins disparaissent, or une société respectueuse des leçons de son passé a besoin de la force d’une parole portée par des personnes vivantes pour les transmettre librement. Capable de marier les éléments tangibles de l’histoire en Europe avec la forme d’art où elle se reconnaît le mieux, le théâtre permet de réaliser ce que, au début des années trente à Munich, Theodor Haecker avait osé formuler ainsi : « L’homme ne devient homme que par le “croisement” du Juif et du Grec ».

Comment proclamer que nos liens institués avec tant d’équivoque par le christianisme avec le peuple juif ne doivent pas disparaître [1], et que la Shoah constitue désormais une part fondamentale de notre histoire – sa face obscure, mais c’est notre histoire même, notre histoire de l’intérieur ?

Non juif affrontant délibérément la différence entre la déportation politique et la condition faite aux enfants d’Israël, soucieux de tirer au clair ce que révèle la communauté de destin des quarante nationalités rassemblées à Ravensbrück, Jean Louis Bachelet a su honorer dans une audacieuse construction dramatique ce qui, en dépit du nazisme, subsiste au cœur des comportements humains et rend possible la société : ce qu’il appelle l’« Amour »…

Sans la résonnance cosmique de la Shoah, comprise et révélée par la communauté juive, le « sujet » de la déportation aurait-il pu aussi profondément l’interpeler ? Pouvait-il respecter et honorer la singularité de cette catastrophe sans reconnaître aussi le territoire intime où cet événement atteint les principes fondamentaux de toute vie sociale ? Sans le souci de dire une histoire qui ne soit pas pure commémoration mais aussi puissance d’action, aurait-il choisi un camp et une situation où déportées politiques et déportées de « race » se cotoient, se rencontrent et assistent à la ruine des éléments vitaux pour exister ? Comment marquer aussi qu’il convient de ne pas enfermer la réalité juive dans la commémoration ? Le refus du crime engendre la résistance politique. Au cœur de cette longue aventure inachevée, depuis Judith et Antigone le rôle des femmes est éminent et décisif : « l’histoire s’est mise lentement à leur pas » [2], à Ravensbrück, qu’est-ce qui était visé ?

Si les Juifs restent à ce point nécessaires à la part universelle de notre civilisation, c’est d’une manière qui reste encore à établir, pour fonder une société autant sur le sacrifice que sur la proposition d’un ordre de pitié et d’amour.

Olivier Véron

« Regarde, meurs, souviens-toi, trois moments de la vie d’une déportée à Ravensbrück »
une pièce de Jean Louis Bachelet
avec
Aurélie Gantner
Aliouchka Binder
Olivia Raclot
musique originale de Catherine Braslavsky et Joseph Rowe

lumière Pierre Daubigny

Théâtre Laurette
36 rue Bichat, Paris Xe

Renseignements et réservations 01 55 42 16 01 www.laurette-theatre.fr

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Avant-première au Théâtre de l’Ile Saint-Louis

Une Avant-première de rêve…

Tous les frères et sœurs de Micheline Maurel étaient là, au premier rang… Jamais nous n’oublierons la présence de ceux qui sont venus pour assister à la pièce que leur sœur martyre a su inspirer au pauvre petit poète que je suis. Mais que dire de plus, sinon qu’Aurélie, Aliouchka et Olivia nous ont fait vivre un moment de pure émotion ? Quand le talent plonge ainsi au cœur de ceux qui écoutent, il n’est plus seulement question d’art ; le linéaire, le contingent, l’historique cèdent le pas au vertical ; l’instant devient éternité, toute humanité est transfigurée. Et nous voici, nous, bouleversés, ne sachant que dire. Une réussite d’équipe, celle d’Aurélie Gantner, Aliouchka Binder, Olivia Raclot, mes comédiennes adorées, Catherine Braslavsky et Joseph Rowe, les musiciens de l’Eternel, Elsa Falières, qui sculpta notre scène, Pierre Daubigny, par qui notre spectacle vient à la lumière, Caroline T. Bender, qui dessina notre rêve en affiche, et bientôt Béatrice Bern, qui portera notre pièce de la scène à la paume de ses mains, pour l’immortaliser en images. Un moment de théâtre qui nous rappelle au poème même de Micheline Maurel, poème à cette danseuse qui lui sauva la vie, poème qu’Aurélie porte sur scène avec tant de pureté :

« Mais le corps est si beau et la joie est si pure
Quand on le voit ainsi défier la gravité,
Que je comprends comment le corps se transfigure
Et la chair doit ressusciter ! »

Merci à tous, l’aventure ne fait que commencer, et plût à Dieu qu’elle grandisse avec la même grâce que celle avec laquelle elle est apparue !

Jean-Louis Bachelet

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Clémence Houdaille

Portrait de Jean-Louis Bachelet à Radio Notre Dame, avec Clémence Houdaille

Mercredi 13 mai 2009 10h43-11h05

Signature en compagnie d’Ariane Chemin

Parution et signature de Regarde, meurs, souviens-toi, rafraichissements et bavardages, le jeudi 14 mai de 17 heures à 21 heures à la Librairie-Galerie Racine (Paris VIe), en compagnie d’Ariane Chemin et de « ses morts »…

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Librairie-Galerie Racine : 23, rue Racine, Paris VIe

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Compagnie Anser Fabilis

La sortie de la semaine

« Une pièce d’une émotion inouïe dont la beauté fait venir les larmes aux yeux »

« La sortie de la semaine » sur Radio Notre-Dame, Jeudi 28 mai 2009 10h43-11h05.

Le Figaro

« Il est difficile de ne pas être remué… L’indicible doit être dit…
Un spectacle nécessaire… »

Jean-Luc Jeener, Le Figaro

« Regarde, meurs, souviens-toi » de Jean-Louis Bachelet
classé par Le Figaro dans les cinq meilleures pièces du moment.
Figaro scope du 18 juin 2009.

L’Homme nouveau

A Ravensbrück furent déportées cent trente mille femmes… Au-delà de l’horreur des camps, Jean-Louis Bachelet se pose ici une question essentielle pour notre civilisation : qu’est-ce qui fait vivre les hommes ? Seule question qui puisse maintenir la conscience humaine en éveil et permettre d’approcher ce qui ne se laisse pas comprendre de l’extérieur tant les frontières de l’horreur sont inimaginables à ceux qui n’y ont pas été confrontés. Un tel degré de destruction ne supporte que le silence absolu. Poser cette question dans le monde des vivants, c’est inverser la mort pour choisir la vie. La question est posée dans la pièce à travers une triple figure de femmes inséparables entre elles, pour mesurer la portée et surtout la force du témoignage de la réponse, « l’irréductibilité de ce qui dans l’homme est plus intime à lui-même que lui-même : la capacité d’aimer et de donner sa vie ».

Pierre Durande, in L’Homme Nouveau , n°1449 du 4 juillet 2009.

Ce que le public a vu