Présentation


Depuis le début nos publications s’efforcent de renouer avec la tradition des écrivains français qui, à partir de leur perception extrêmement forte du déroulement de l’histoire, interrogèrent avec passion les événements de leur temps.
Comme l’écrivait Marc Bloch en 1940 : « Dans un monde assailli par la plus atroce barbarie, la généreuse tradition des prophètes hébreux, que le christianisme, en ce qu’il a de plus pur, reprit pour l’élargir, ne demeure-t-elle pas une de nos meilleures raisons de vivre, de croire et de lutter ? » [1]
Il semble urgent de définir les valeurs communes qui constituent notre civilisation de la liberté sur un plan plus profond que les seules formes héritées de la Révolution française ou du mercantilisme – de retrouver la source de ce que Péguy et Bernanos appelaient « le grand mouvement de 89 ». Car il faut prévenir le risque de dissolution de la mémoire sous les contraintes et les mirages d’un mode d’organisation désormais presque aussi « bureaucratique » que ceux que dénonçait Hannah Arendt, et éloigner la cruauté qui l’accompagne.
Ce n’est pas l’idée nationale qui a échoué au XXe siècle en Europe, mais la nation réduite à une identité partielle et totalitaire à la fois.
« Province » est un terme un peu vieilli d’histoire romaine, qui désigne n’importe lequel des pays conquis. L’éternel désarroi de l’homme des nations au contact des empires est un signe. Dans le dédale qu’avait prédit Kafka il peut être notre fil conducteur.

Olivier Véron

[1] L’étrange défaite, 1940. Ce livre enterré à Clermont-Ferrand, dans le jardin de Pierre Canque, a été remis par celui-ci à la famille de l’historien, fusillé par la Gestapo en 1944. Il a été publié pour la première fois en 1946 aux éditions du Franc-Tireur. Pierre Canque était le père de Marie-Claire Boutang, épouse de Pierre Boutang.