L’Action française

« Ce privilège tragique du peuple Juif… »

« Certes (…) l’existence d’Israël n’a jamais cessé d’être une question d’actualité. (…) C’est le problème fondamental de cet État, que Boutang justement touche de sa pensée au travers d’une approche politique et circonstanciée en son vrai noyau métaphysique et mystérieux.
C’est la naissance d’une nation (…) à l’instant de la mort religieuse des pays occidentaux quand se construisaient les nationalismes arabes, qu’interroge Pierre Boutang. Cette nation accouchant son identité menacée dans une guerre, qu’elle devait remporter pour survivre. Et cette nation étant nation juive, c’est-à-dire Israël de retour sur ses terres bibliques qui jusqu’à lors n’avaient pour seule forme que celle de l’espérance, c’est à l’aune du mystère de l’élection, ce privilège tragique du peuple Juif (…) que Boutang désire la comprendre.

S’appuyant sur ce paradoxe national Boutang pose la question de cette figure d’altérité éternelle qu’Israël incarne et qui, par son existence, stigmatise les vieilles nations européennes renégates de leur propre tradition, comme elle révèle chez les nations arabes cette rivalité mimétique que René Girard décrira plus tard, ne se résolvant jamais que dans l’anéantissement réciproque de l’objet adoré/haï avec l’adorateur/haineux. (…)
Cet opuscule s’avère le plus pertinent (…) quand Boutang avec une force qui aujourd’hui encore risque de le rendre inaudible aux oreilles des milieux nationalistes comme à celle des démocrates athées, et parfois défenseurs d’Israël, écrit : "Nous Chrétiens, en un sens, avec nos nations cruellement renégates, avons pris le rang des Juifs de la diaspora, sommes devenus plus "Juifs charnels" qu’eux ; et le jeune et vieil État d’Israël a pris la place de la monarchie franque de Jérusalem".
En ombres chinoises, Boutang dresse un constat d’échec, celui d’un Occident qui, dépositaire d’une parole qu’il a refusé de transmettre, comme d’une certaine manière les Juifs ont refusé le Christ, (…) abandonne le peuple de Moïse à cette Alliance que Dieu n’a jamais rompue (…) En laissant à d’autres les douleurs de la tragédie politique, en son sens le plus sacré et que seule sa foi catholique lui permettait de supporter, tout en se réservant le droit ridicule de juger en bien ou en mal, (…) l’Occident signe l’acte de son déclin. »

Rémi Lélian, L’Action française, août 2012

La Guerre de six jours, par Pierre Boutang, 96 pages, 10 €